mercredi 30 janvier 2013

Discrimination scandaleuse !

Un article du Figaro du 29 janvier raconte comment une famille connue du Mouvement ATD Quart Monde, qui visitait le Musée d'Orsay avec un bénévole de ce Mouvement, s'est faite expulser du musée par les gardiens qui avaient reçu des doléances d'autres visiteurs qui s'étaient plaints de leur odeur ! Affaire scandaleuse pour laquelle ATD Quart Monde a demandé des explications à qui de droit et au plus haut niveau. L'article du Figaro fait état des faits, la colère du bénévole qui accompagnait la famille, les tentatives d'excuse d'un responsable du musée et fait valoir que cette conduite des gardiens du musée est en pleine contradiction avec la politique d'ouverture des musées aux personnes défavorisées.

Au moins aussi scandaleux sont les commentaires formulés sur le Figaro en ligne par les lecteurs. A cette heure, sur les douze commentaires en ligne, un seul prend la défense de ce bénévole et de cette famille, les onze autres applaudissent son expulsion en lui prodiguant moult conseils d’hygiène.

Ces faits vécus sont l'illustration dramatique de ce qui motive l'action d'ATD Quart Monde pour obtenir que la discrimination sociale soit reconnue par la loi et punissable au même titre que le racisme ou l'homophobie. Tant qu'on pourra ainsi si impunément exclure les personnes pauvres d'un droit élémentaire pour la simple raison d'être pauvre, les attitudes d'exclusion continueront de s'exposer sans vergogne comme en témoigne les commentaires de cet article.

ATD Quart Monde envisage de porter plainte

mercredi 2 janvier 2013

L'espérance n'est pas à la mode, pourtant elle est nécessaire

L'autre jour, l'interview sur France Inter de Jean-Claude Guillebaud m'avait donné envie de lire son dernier livre  "Une autre vie est possible". J'avais été séduit par son optimisme et sa liberté de pensée face à la sinistrose dont nous sommes inondés dans les média. Le livre est un essai nourri de tout une vie d'expérience, d'abord comme grand reporter au journal Le Monde, puis comme éditeur et intellectuel curieux des courants philosophiques et politiques. Jean-Claude Guillebaud recherche du sens dans ce qu'il voit de l'actualité, avec un regard ouvert sur le monde, branché sur tout ce qui bouge, mais capable de ne pas se faire prendre par les modes et les idées reçues.

Son livre m'a beaucoup intéressé. En voici un des derniers paragraphes :
"La désespérance n'est pas mieux fondée que l'espérance. Elle n'est ni plus sagace ni plus stoïquement lucide. Elle participe plutôt, osons le dire, d'une sorte de lâcheté. En effet, pour une communauté comme pour un individu, l'espérance n'est pas seulement reçue, elle est décidée. En nous souvenant des grands "optimistes" de jadis qui ont été capables de faire bouger l'Histoire, il nous incombe d'être aussi joyeux et aussi déterminés qu'ils l'étaient eux-mêmes.
Je sais que nous en sommes capables."

Cette interpellation m'a rappelé ce que disait le père Joseph Wrésinski : "Les pauvres ne peuvent pas se payer le luxe d'être pessimistes", une phrase qu'il illustrait d'une multitude d'exemples vécus par des familles confrontées à une vie de misère. Personnellement je me rappelle une famille habitant au fin fond d'un bidonville de Madrid, dont la mère avait replanté autour de la baraque des rosiers récupérés sur la décharge, signes de la maison qu'elle voulait pour les siens.

En ce début d'année, l'espérance de Jean Claude Guillebaud et celle des familles du Quart Monde me poussent en avant !

vendredi 21 septembre 2012

A propos du mariage et des homosexuels

Il y a trente ans, on m'aurait demandé : "connais-tu personnellement des homosexuels", j'aurais dit "non", et je crois que toutes les idées que j'avais sur le sujet étaient des idées reçues. Aujourd'hui, parmi mes amis et mes relations, j'en connais une vingtaine au moins. Certains d'entre eux sont en couple, souvent depuis de nombreuses années, un de ces couples a adopté deux enfants. Et peu à peu j'ai réalisé combien ils étaient dans ma vie exactement comme les autres personnes que je connais.

Je n'en sais pas plus sur leur vie sexuelle que sur la vie sexuelle des personnes hétérosexuelles que je fréquente, et je trouve cela bien, en quoi cela me regarde-t-il ? Pour ceux qui sont en couple, l'amour qu'ils ou elles se portent est évident, mais ce ne sont pas des couples qui militent pour la liberté des homosexuels en affichant n'importe où et n'importe comment leur tendresse.

Pour moi l'amour est un don de Dieu, quel que soit cet amour, alors pourquoi ferais-je une différence quand il s'agit de personnes du même sexe ? Cet amour n'est pas moins exigeant que pour les autres couples, et doit être protégé et soutenu, pour qu'il aide chacun des deux à grandir, et les pousse à s'ouvrir aux autres.

Droit au mariage ? Aucun ne l'a revendiqué devant moi. Mais je peux comprendre qu'un couple qui vit ainsi une relation forte et durable veuille le célébrer et le légaliser, comme les couples hétérosexuels qui décident de se marier après un temps de vie ensemble, c'est devenu si fréquent ! Le PACS n'est pas la célébration d'un amour, c'est un accord juridique, donc il ne peut répondre à l'attente des couples homosexuels qui veulent que soit autorisé le mariage entre personnes du même sexe. Est-ce la légalisation du mariage entre personne du même sexe qu'il faut obtenir, ou bien faut-il créer autre chose, qui reconnaisse par la loi cet amour et cette volonté de durer ensemble, avec la possibilité d'adopter des enfants le cas échéant. Il s'agirait alors de choisir un autre mot que celui de mariage qui a une histoire liée à l’hétérosexualité et à la conception des enfants.

Et peut-être l’Église dont je fais partie, qui appelle à "accueillir avec respect, compassion et délicatesse" les personnes homosexuelles, ouvrira-t-elle les yeux sur l'amour qui peut exister ainsi de façon durable et belle entre deux personnes du même sexe et oser célébrer cet amour aussi comme un don de Dieu.

mardi 18 septembre 2012

Un grand noir a ouvert la porte

Dimanche, en rentrant de la cérémonie de mise en place de notre nouveau curé à l'église de La Mure, je prends en stop un homme qui lève le pouce au bord de N85. Surprise, je le connais ! C'est un gars que j'ai rencontré plusieurs fois au Secours Populaire où il venait quand il était sans boulot. Je lui dis d'où je viens, il m'explique qu'il est entré dans cette église avec sa fille. "Je ne crois en rien personnellement, depuis l'enterrement de mon grand père. J'avais sept ans. Le prêtre est venu à la maison, et la première chose dont il a parlé, c'est d'argent, alors moi ça m'a marqué... Mais je veux que ma fille puisse choisir, je lui ai déjà fait visiter une mosquée, et là on est entré dans l'église et on a tout regardé. C'était un dimanche après midi, comme il n'y avait personne, je lui ai dit "on va sonner, je sais où habitent les prêtres." C'est un grand noir qui a ouvert avec un sourire large comme ça. Il m'a demandé ce que je voulais mais je lui ai dit : "non, c'est pas pour moi, c'est pour ma fille" , à qui j'ai dit : "vas y pose lui toutes les questions". Il a vraiment bien pris le temps de lui répondre, c'était super." Le grand noir qui a ouvert, c'est notre nouveau curé, celui qu'on avait mis en place ce matin-même ! Un tout jeune prêtre congolais, de la communauté des Religieux du St Sacrement qui sont responsables de notre paroisse. J'avais déjà une très grande confiance en lui, mais le témoignage de cet autostoppeur m'a confirmé qu'avec lui nous allons ouvrir grand les portes de l'église.

mercredi 8 février 2012

Retraite... administrative !

Depuis le premier janvier, je suis officiellement à la retraite, autrement dit au lieu de recevoir mon indemnité de volontaire d'ATD Quart Monde, comme c'était le cas depuis septembre 1974, je touche une retraite versée par la Caisse de retraite et par la complémentaire. Rien d'original, vu que j'ai 61 ans depuis décembre dernier.

Ce qui l'est davantage, c'est que j'ai choisi de continuer presque sans rien changer à mon rythme de travail, pour contribuer à la communication d'ATD Quart Monde, responsabilité que je partage avec une équipe de volontaires dynamiques. Cette responsabilité me passionne, je ne prends le travail de personne d'autre, comme cela pourrait être le cas dans une entreprise où on embaucherait quelqu'un pour me remplacer, et je suis encore en bonne santé et plein d'énergie.

Dans ce monde où tant de personnes s'ennuient dans un travail qu'elles n'ont pas pu choisir ou dans une inactivité forcée à cause du chômage, je suis un privilégié. Depuis qu'avec Yolaine nous avons fait le choix de devenir volontaires permanents, on nous a confié des responsabilités qui ont rempli nos vies. Nous avons pu développer des compétences nouvelles, rencontrer des personnes extraordinaires, tant parmi les celles qui sont dans la grande pauvreté et luttent chaque jour pour aller de l'avant, que parmi tous ceux qui cherchent à les rejoindre et à s'engager avec elles.

Sans doute avec les années et le vieillissement, je serai amené à revoir les choses, mais maintenant c'est cela que j'ai envie de vivre, alors je dis merci à la vie, et merci à ATD Quart Monde de continuer à me faire ainsi confiance !

jeudi 2 février 2012

Etre visible ou être proche ?

Avec plus de 40 clochers, la paroisse que je fréquente en Matheysine, s'étend sur plus de quarante kilomètres, pleins de tournants, de côtes et de descentes. Un lieu de moyenne montagne magnifique avec ses lacs, ses sommets et sa nature préservée. Une communauté de pères du saint Sacrement l'anime, un ordre créé au 19ème siècle par Pierre Julien Eymard, le saint de La Mure ! Nos églises ne sont pas pleines, sauf jour d'exception comme les communions ou la veillée de Noël, célébrées dans une seule église pour toute la paroisse. Et les pratiquants, comme un peu partout en France, ont majoritairement passé la soixantaine. Assemblées du dimanche modestes, mais bien vivantes, on ne va plus à la messe par obligation, on y vient pour nourrir sa foi et se retrouver avec d'autres, prier et célébrer.
L'évêque de notre diocèse pousse les catholiques à se regrouper, à la fois pour faire face au manque de prêtres, mais aussi parce que les grandes assemblées permettent des célébrations mieux préparées, plus vigoureusement animées, et donc plus visibles dans une société profondément laïcisée, où la place de l’Église est maintenant objectivement fort réduite. Mais dans les villages, comme on lutte pour garder l'école primaire, le boulanger ou le tabac quand ils existent encore, on se refuse à désaffecter l'église, même si on sait qu'à la messe, célébrée de temps en temps seulement, participent quinze ou vingt personnes, parfois bien moins.
Je suis quant à moi partagé. C'est bien de célébrer au centre de la paroisse pour les grands événements, mais c'est bien aussi de garder des messes dans les villages comme signe d'une vie qui demeure, comme une braise sous les cendres, prête à redonner des flammes... ou susceptible de mourir. Quand je pense au lieu des célébrations, mon souci est celui de notre proximité, à nous qui nous disons chrétiens, avec ceux qui ont la vie dure dans ces villages, souvent des personnes âgées, parfois des familles surendettées ou pauvres depuis longtemps et mal vues pour cela. Proximité qui ne s'établit pas en un jour, ni ne se garde sans effort, qui suppose aussi qu'on respecte leur manière de se situer vis à vis de l’Église sans non plus cacher ce qui nous anime... Si une messe se dit dans le village, c'est une occasion d'en parler avec eux. Si elle se dit à des kilomètres de leur maison, peu de chance que ce soit le point de départ d'un dialogue sur ce qui nous anime...

Comprendre comment les pauvres prennent des décisions

Dans un article du journal La Croix, une recension du nouveau livre d'Esther Duflo, coécrit avec Abhijit Banerjee, "Repenser la pauvreté" : deux économistes du développement qui ont mis au point une méthode d'évaluation des projets pour améliorer ceux qui marchent et arrêter ceux qui ne servent à rien ou, pire, nuisent aux populations.

Une phrase fait tilt "nous commençons à comprendre comment les pauvres prennent des décisions", elle pose les pauvres comme des acteurs, des personnes qui ont une pensée et la mette en œuvre dans des contextes extrêmement difficiles. Et l'article ajoute à propos du livre : "Fourmillant d'exemples concrets choisis tout autour de la planète, l'ouvrage redonne un visage aux plus démunis. On les voit réfléchir, hésiter, arbitrer, chercher, espérer ou se décourager. On apprend peu à peu à se mettre à leur place et à comprendre leurs choix."

Je vais lire ce livre. Et je me demande : est-ce qu'Esther Duflo et Abhijit Banerjee l'ont fait lire à des personnes très pauvres parmi celles dont ils parlent ? Car leur expérience et leur pensée, enfin reconnues et légitimées par ces deux experts, a certainement beaucoup à dire sur leur méthode d'évaluation.

REPENSER LA PAUVRETÉ
d’Abhijit Banerjee et Esther Duflo
Éditions du Seuil